Déambulations

Publié le 25 Avril 2008




Pendant toutes ces années, il avait eu le temps de se trouver un dieu, un dieu unique au nom unique... labyrinthe.

C’était le seul mot qu’il prononçait à voix haute, de sa voix grave de bête, il pouvait le dire avec une lenteur extrême, goûtant la sonorité inquiétante de ces trois syllabes, il marchait alors le torse bombé et les mains dans le dos. Parfois, il le hurlait en courant derrière l’écho, jusqu’à tituber de fatigue, bavant faiblement le nom en reprenant son souffle.

Labyrinthe… Il pouvait le répéter pendant des jours, silencieusement alors, jusqu’à ce que les syllabes s’embrouillent et perdent tout sens. Dans ces moments, il imaginait un monstre d'avant l'histoire, immobile et dévorant toute vie, un dieu juste car aveugle et dont il parcourait le ventre gigantesque, jamais fatigué d’être digéré.

Il marchait au hasard, ne connaissant aucun chemin par cœur, ne se rendant nulle part ; n’ayant aucun but, il n’était jamais perdu, ce sentiment le rendait heureux.

À intervalles réguliers, une angoisse lui revenait, terrible, mortelle ; une unique crainte qui le rongeait, trouver la sortie.
Dans ses monologues silencieux, il n’en parlait jamais qu’en utilisant le mot « entrée ».
Il connaissait l’existence de la porte, par deux fois au détour d’un couloir, il avait aperçu sur le sol un rai de lumière ; par deux fois il avait fait demi tour en hurlant ; par deux fois il était resté prostré plusieurs jours, et entre deux sanglots monstrueux qui soulevaient ses énormes épaules, un mot terrible se frayait un chemin...

Labyrinthe…

 


Rédigé par Pic vert

Publié dans #Sorti du carnet

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Commenter cet article

Xavier 29/04/2008 23:44

Magnifique, tout y est superbe, le texte, le dessin et la terrible résonance entre les deux....

Anaïs 25/04/2008 21:19

Beau dialogue entre le texte et l'image... Et ces yeux, ahlàlà...

lapin 25/04/2008 02:11

mieux que de regarder tes dessins, c'est peut-être te lire… j'aime l'angoisse froide qui s'échappe de tes lignes…
merci l'ami.