Murs

Publié le 13 Mai 2008






La maison était ancienne, c’était tout ce que l’enfant savait. Son imagination lui donnait plus de mille ans. En touchant la rampe en bois noir de l’escalier, il eut la vision de cette bâtisse, lentement façonnée par le temps comme une stalagmite baroque.

Il commença à grimper, la main droite glissant sur la rampe, imprégnant sa paume de l’odeur de cire. Il est des maisons où même les escaliers de pierre semblent grincer. Il continua, l’œil vague, jusqu’au deuxième étage
et se dirigea vers la pièce.

Derrière une porte sans verrou, elle était vide ; vide ou plutôt vierge.
La surface de la petite chambre carrée n’avait jamais été meublée. Pas un cadre sur les murs, pas un trou pour témoigner de leur éventuelle présence passée. Pas un nœud sur les lattes de bois du parquet, les murs étaient lisses et blancs.

L’enfant imagina de la terre, des feuilles et des lianes… Pendant une seconde.

Il était formellement interdit d’y pénétrer à plusieurs, ne serait-ce qu’à deux.
La sensation que jamais un son n’avait été proféré à l’intérieur imposait le silence, l’enfant mit une main devant sa bouche, craignant les siècles d’écho contractés entre ces murs. Il se voûta imperceptiblement en serrant les dents.

D’une fenêtre inaccessible, provenait la lumière du jour, seule concession à la réalité et au passage du temps. Rien ne s’était jamais passé ici, personne n’y était né, personne n’y était mort, on ne s’y était pas aimé. La pièce résistait aux souvenirs et aux fantômes.

Il s’allongea et regarda le plafond blanc, au bout d’un long moment, il eut l’impression de faire face au plancher, il ne fit pas un mouvement, de peur de tomber.

Quand il se réveilla, il faisait encore jour, il comprit que personne ne croirait qu’il avait vécu des siècles. Il quitta la pièce, descendit l’escalier et sortit de la maison. Le ciel de fin d’hiver était blanc, sur les arbres encore nus brillaient des étoiles vertes.

 



Rédigé par Pic vert

Publié dans #Sorti du carnet

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M
C'est beau. Vraiment.
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X
Murs...murs
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L
merci pour la balade, je reste aussi silencieux et cérémonieux que ton petit bonhomme.
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A
Les images ET les mots... Rhalalala, il a tous les talents, cet oiseau.
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