Kind of blue

Publié le 3 Juin 2008







" I've seen things you people wouldn't believe.
Attack ships on fire off the shoulder of Orion.
I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhauser gate.
All those moments will be lost in time, like tears in rain.

Time to die."

Blade runner





La terre s’était arrêtée de tourner il y a 13 ans.
Depuis, le vieux avait pris l’habitude de se balancer dans un rocking chair.

Qui eut crû à l’époque qu’on aurait eu assez de temps pour prendre une habitude.
La disparition des étoiles, le soleil perpétuellement au zénith, les animaux devenus fous… Et les hommes…
Fidèles  à eux-mêmes il faut bien le dire. Le vieux n’avait pas été déçu.
Ils s’étaient tous précipités dans les magasins, pas pour acheter des vivres, non… Pour acheter un poste de télévision plus grand et suivre la catastrophe sur écran géant.
Chacun attendait la mort et les caméras. Et la mort vint, plus par habitude que par opportunisme.

Pour le vieux, se balancer c’était un peu de nostalgie pour l’ancien mouvement, qu’il n’avait jamais ressenti mais dont il pensait éprouver le manque. La terre s’était arrêtée, pas lui.

Il regrettait les étoiles et la nuit, il regrettait la fraîcheur et la pluie mais il ne regrettait pas tous ces imbéciles morts d’étouffement en mâchant des pop corn devant l’apocalypse.
Il habitait loin du village aujourd’hui, loin des quelques survivants qui ne lui parlaient plus depuis longtemps.

Il pensait parfois à un vieil ami, parti il y a trois ans découvrir l’hémisphère sombre et qui n’était jamais revenu.
Etait-il mort ou était-il heureux là-bas ? Regardait-il les étoiles en regrettant le soleil ? Se souvenait-il du bleu surnaturel du ciel ? Les larmes étaient-elles plus amères sous une nuit perpétuelle ?

Le vieux se balançait et le ciel était bleu.

Il rêva que la terre se mettait à tourner de plus en plus vite pendant que son rocking chair restait désespérément immobile sous lui. Le soleil devenait un gigantesque écran de télévision, noir et rempli d’étoiles, l’appareil émettait un son semblable au bruit de la pluie sur l’eau d’un étang, il sentit l’averse sur son visage, de plus en plus fort…
Il se noyait. Il se réveilla en sursaut, une sueur froide sur le front.

Quand il partit, il se demanda si le soleil lui manquerait.

 


Rédigé par Pic vert

Publié dans #Sorti du carnet

Repost 0
Commenter cet article

Pic vert 08/06/2008 13:01

Merci à tous, je vais réfléchir à vos suggestions...
Pour répondre à Xavier, le profil est une heureuse coïncidence, ou une volonté inconsciente...

Anaïs 04/06/2008 23:34

Je plussoie les autres commentaires : à quand une petite compilation des mots et des images du Pic Vert ?

Xavier 04/06/2008 12:46

Encore une belle histoire... C'est sur tu devrais proposer un recueil ou autre chose et avec tes illustrations, c'est vraiment magnifique ! Je vois dans le dossier du rockin'chair le profil du vieux, son nez, un oeil... un hasard du trait ou une volonté de laissé son empreinte ?

lapin 04/06/2008 08:55

rien a envier à barjavel et à la nuit du temps, attaque-toi à un format roman, ou encore à un recueil de nouvelles, et pic-vert sera le prochain best seller…

Pic vert 03/06/2008 23:05

Merci !